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Dans L'imbroglio des modes en 1960, Jacques Chailley explique que la notion de mode n'est pas une notion valable pour tous les temps et tous les pays. Elle s'est transformée au cours des siècles de telle manière qu'on ne peut la définir qu'en fonction de l'époque et du lieu où on l'examine.

Trần Văn Khê dans l'article Modes musicaux de l’Encyclopaedia Universalis définit les modes par quatre critères : une échelle particulière, une hiérarchie des degrés, une formule mélodique et un sentiment modal.

Dans Wikitrad, nous entendrons le mode sur deux critères, la finale et la corde de récitation. Ces deux notes sont des pôles de repos de la mélodie et définissent la couleur de la mélodie. Elles sont les bourdons de la mélodie, sonnés ou sous-entendus.

  • La finale de la mélodie, première degré de l'échelle mélodique, est le repère autour de laquelle les autres notes s'articulent. La finale définit l'échelle utilisée par la mélodie et de ses intervalles.
  • La corde de récitation peut être la quinte, la quarte, la tierce, éventuellement la sixte de la finale suivant comment la mélodie se répartit autour de la finale.

Définir la finale

Le cas général

Des cas particuliers

Parfois la dernière note de la mélodie n'est pas la finale.

René Zosso cite ainsi Saint-Martin D'auray

Un autre exemple peut être Les marins déserteurs‎ dont voici la solmisation :

Sol Sol Sol La Fa Mi
Sol Sol Sol La Fa Mi
La La La Do↑ Si La Sol
Sol Sol Sol Sol Sol Sol Sol Mi
La Sol Sol Sol Sol Do↓
Mi Mi Mi Mi Mi Do↓ Mi Sol

la mélodie finit sur un Sol. Pourtant la tension à la fin de du couplet n'est pas résolue, on reste en attente.

La tension pourrait être résolue en reprenant la partie La Sol Sol Sol Sol Do↓ qui semble ici bien clore le couplet.

La finale ici est donc le Do et le mode avec. La mélodie à 5 degrés est en Mode de Do sans 7e. Le 7e degré manquant, on pourrait aussi la décrire comme un Mode de Sol sans 7e.

Définir une corde de récitation

Des exemples

Une exemple avec partition

Un premier exemple est la version B de Germaine rapportée par Achille Millien dans le tome I des Chants & chansons : littérature orale & traditions du Nivernais (Morvan, Bazois, Amognes, Puisaye, Vaux d'Yonne, de Loire et d'Allier, etc.) en 1906, page 206 (Lire en ligne).

Partition transposée de la version B de Germaine dans le tome I des Chants & chansons : littérature orale & traditions du Nivernais par Achille Millien en 1906, page 206

L’échelle court sur 6 degrés, d’un La au Fa#. La finale est Mi. En calculant les écarts on trouve T3DTDTT ce qui correspond à un mode de La sans 3e degré.

En transposant, on obtient une mélodie du Ré au Si, avec une finale en La et aucune altération.


Quelle corde de récitation ?

Un exemple sans partition

Pour Lo mes de mai en mazurka, mélodie de Christian Robert pour le Défi RéOralisation 2025, en première solmisation j'ai 

Ré Mi Fa Ré Mi Fa
La Sol Fa Mi Ré Mi
Do#↓ Ré Mi Do#↓ Ré Mi
Sib La Mi Sol Fa Mi Ré
Ré Mi Fa Ré Mi Fa
La Sol Fa Mi Ré Mi
Do#↓ Ré Mi Do#↓ Ré Mi
Sib La Mi Sol Fa Mi Ré
Fa Sol La Ré↑ La Sib Sol
Ré↑ Do#↑ Ré↑ La
Do Sib La Sol Mi
Sib La Fa Fa Sol Sib La
Fa Sol La Ré↑ La Sib Sol
Ré↑ Do#↑ Ré↑ La
Do Sib La Sol Mi
Sib La Mi Sol Fa Mi Ré

Le ré est la finale. En calculant les écarts nous avons TDTTDTT avec le Do♮ et TDTTD3DD avec le Do#. C'est donc un mode de La (et une gamme mineure harmonique avec le Do#)

En transposant on trouve une solmisation

La Si Do La Si Do
Mi Ré Do Si La Si
Sol#↓ La Si Sol#↓ La Si
Fa mi Si Ré Si La
La Si Do La Si Do
Mi Ré Do Si La Si
Sol#↓ La Si Sol#↓ La Si
Fa mi Si Ré Si La
Do Ré Mi La↑ Mi Fa Ré
La↑ Sol#↑ La↑ Mi
Sol Fa Mi Ré
Fa Mi Do Do Ré Fa Mi
Do Ré Mi La↑ Mi Fa Ré
La↑ Sol#↑ La↑ Mi
Sol Fa Mi Ré
Fa Mi Si Ré Do Si La

Nous avons donc un mode de La authente avec 7e mobile (Sol♮/Sol#).

Les modes authentes prennent en général le degré à la quinte de la finale comme corde de récitation. Ici il s'agit du Mi et effectivement c'est le degré le plus utilisé. Dans la nomenclature Zosso, Lo mes de mai serait un mode La-Mi (finale en La et récitation sur la quinte Mi).

Bibliographie

Il y a toujours dans un morceau deux ou trois notes principales, servant plus particulièrement au développement de la mélodie, qu’elles guident et soutiennent. Ce sont elles qui achèvent de donner au chant son cachet spécial, et le font juger définitivement comme appartenant à tel ou tel mode : d’où leur nom de cordes modales.

Parmi ces notes constitutives du mode il faut compter :

  1. La finale, note qui doit terminer toute pièce écrite dans ce mode.
  2. La dominante, autour de laquelle surtout se meut la mélodie, dont elle est comme le pivot. C’est elle qui contribue le plus à déterminer le mode, et le caractère véritable du chant.
  3. La médiante, qui tient ordinairement le milieu de l’intervalle entre la dominante et la finale.

extrait de Plain-chant : exposé méthodique de ses principes par Ambroise Gentil (1842-1927) en 1865, page 40 (Lire en ligne),

La finale est la dernière note de la cadence finale qui termine la pièce de chant ou le mode et sert à le reconnaître. La dominante est comme la maîtresse ou la reine des autres notes, et celle sur qui le chant a davantage son cours, son retour, et son soutien, et qui jointe avec la finale donnent ensemble la principale forme et la distinction à chaque mode.

par Pierre-Benoît de Jumilhac (1611-1682) dans La science et la pratique du plain-chant..., par un religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Maur en 1673 (Lire en ligne)

Quant à la distinction des notes fondamentales et des survenantes, elle se fera par le moyen des notes brèves qui seront mises aux endroits des survenantes.

Extrait de La science et la pratique du plain-chant..., par un religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Maur par Pierre-Benoît de Jumilhac (1611-1682) en 1673, page 147 (Lire en ligne)

Pour aller plus loin

  • Pierre-Benoît de Jumilhac, La science et la pratique du plain-chant..., par un religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Maur, 1673 (Lire en ligne)
  • Ambroise Gentil, Plain-chant : exposé méthodique de ses principes, 1865 (Lire en ligne)
  • Jacques Chailley, L'imbroglio des modes, 1960 (Lire en ligne)
  • Trần Văn Khê, Modes musicaux article de l’Encyclopaedia Universalis consulté le 11 juin 2025 (Lire en ligne)
  • Daniel Saulnier, Les modes du plain-chant - Nova et vetera, 2015 (Lire en ligne)